Infractions de roulage / excès de vitesse / poursuite pénales devant le Tribunal de Police de Liège division Liège, Liège division Huy / citation en justice
Où va l’argent des amendes routières ?
Ce que rapportent vos contraventions et comment elles sont utilisées
Introduction
Flash sur l’autoroute, excès de vitesse en agglomération, stationnement interdit… Chaque année, des millions de conducteurs belges reçoivent une amende. En 2025, ces contraventions ont rapporté au total près de 590 millions d’euros à l’État, correspondant à plus de dix millions d’infractions constatées. Un montant record. Mais une question revient régulièrement dans la bouche des automobilistes : où va tout cet argent ? Sert-il vraiment à améliorer la sécurité routière, ou finit-il simplement par renflouer les caisses de l’État ?
Contrairement à une idée reçue assez répandue, l’argent des amendes ne disparaît pas dans un trou noir budgétaire. Son parcours est balisé, même s’il est parfois complexe. Tentons d’y voir plus clair.
Les excès de vitesse, champions des recettes
Sur les quelque 590 millions d’euros perçus en 2025, les excès de vitesse représentent, à eux seuls, plus de 80 % des infractions au Code de la route. C’est de très loin la première source de recettes. Les amendes sont encaissées par le SPF Finances via un compte bancaire géré par le service public, puis réparties entre les différents niveaux de pouvoir – fédéral et régional – selon la nature de l’infraction.
Les infractions constatées sur les autoroutes, l’usage du smartphone au volant ou la conduite sous influence relèvent du niveau fédéral. Celles commises sur les routes régionales et locales – comme un excès de vitesse en agglomération ou une infraction au contrôle technique – relèvent des Régions. En 2025, la répartition était grosso modo de moitié-moitié entre le fédéral et les Régions : environ 297 millions pour l’État et 293 millions pour les Régions.
La part du fédéral
Sur la part fédérale, seuls 20 % (environ 60 millions d’euros) vont directement au Trésor public, c’est-à-dire au budget général de l’État. Les 80 % restants (soit quelque 238 millions) sont versés au Fonds fédéral de la sécurité routière, créé en 2004 avec un objectif clair : réduire le nombre de victimes sur les routes.
Ce Fonds redistribue ses moyens principalement aux zones de police, qu’elles soient fédérales ou locales. Ces dernières captent d’ailleurs environ 95 % des montants alloués. Chaque zone de police reçoit une dotation de base, à laquelle s’ajoute un complément calculé en fonction du nombre de policiers, de la taille de la zone, du kilométrage de voirie et du nombre d’accidents graves. Ce ne sont donc pas les localités qui « flashent » le plus qui reçoivent le plus d’argent. Les zones de police utilisent ces fonds pour recruter du personnel, installer et entretenir des radars, ou tout simplement pour boucler leur budget de fonctionnement, même si cette dotation ne représente qu’une part marginale de celui-ci, de l’ordre de 2 à 4 %.
Et du côté des Régions ?
Les Régions gèrent entièrement leur part des recettes et décident elles-mêmes de leur affectation. En 2025, sur les 293 millions versés aux Régions, plus de la moitié (environ 151 millions) est retournée à la Flandre, 36 % à la Wallonie et 13 % à Bruxelles.
En Wallonie, la Région prélève chaque année environ 57 millions d’euros qui sont directement versés au budget général. Le solde – soit près de 48 millions en 2025 – est investi dans la sécurité routière via un fonds dédié aux infrastructures, à la sécurisation et aux inspections routières. Ce montant représente environ 46 % des recettes perçues. Concrètement, ces moyens servent à financer l’entretien des radars déjà installés, la sécurisation et la construction de routes, ainsi que des campagnes de prévention et des subventions liées à la sécurité routière. La Région wallonne ne distribue pas directement de l’argent aux communes, mais elle leur accorde des subsides pour améliorer la sécurité de leurs réseaux : abords d’école, traversées piétonnes, modération de vitesse ou installation de radars fixes sur les voiries communales. Le montant de ces appels à projets varie entre 4,5 et 6 millions par an.
En Région de Bruxelles-Capitale, environ 70 % de la part régionale (soit 26,4 millions sur 37,7 millions en 2025) sont alloués au Fonds de sécurité routière. L’argent sert notamment à financer des vélos et équipements pour les brigades cyclistes, des radars mobiles et fixes, ainsi qu’à soutenir les associations actives en matière de mobilité et de sécurité routière. Les zones de police bruxelloises reçoivent également des subsides d’investissement, de l’ordre de 1,3 à 1,5 million par an.
Toujours plus de radars, toujours plus de recettes
Les montants perçus ne cessent d’augmenter, année après année. En Wallonie, les recettes sont passées de près de 50 millions d’euros en 2019 à plus de 104 millions en 2024. En Région bruxelloise, elles ont doublé sur la même période, passant d’environ 19 millions à près de 38 millions. Au niveau fédéral, le cap des 600 millions a été franchi en 2025.
Cette hausse s’explique en grande partie par la multiplication des radars. En Wallonie, l’exécutif régional prévoit l’installation de 150 nouveaux appareils par an d’ici la fin de la législature. Pour 2026, les recettes attendues s’élèvent à 146 millions d’euros, dont 57 millions pour le budget général et 89 millions pour la sécurité routière. En Flandre, la tendance est similaire : les communes flamandes, qui pourront bientôt installer leurs propres radars et percevoir directement les amendes dans les zones 30 et 50, voient dans ce dispositif une source de revenus considérable. Les recettes des communes flamandes, estimées à 680 millions sur la période 2020-2025, pourraient atteindre 1,3 milliard pour la période 2026-2031.
Qui décide d’installer un radar ?
L’emplacement des radars ne relève pas du hasard. En Wallonie, ce sont d’abord les zones de police et les communes qui introduisent les demandes auprès du service public wallon Mobilité et Infrastructures, lequel établit un classement prioritaire sur la base de critères objectifs : nombre d’accidents mortels et graves au cours des cinq dernières années, vitesse mesurée, proximité de lieux sensibles comme les écoles, les hôpitaux ou les centres sportifs. Les demandes font ensuite l’objet d’une concertation annuelle réunissant les parquets, les zones de police, les autorités communales et le ministre de tutelle.
En Région bruxelloise, les initiatives émanent des communes, des zones de police et de l’administration régionale (Bruxelles Mobilité). Là aussi, des critères de sécurité guident les choix, même si l’objectif avoué est d’améliorer la sécurité routière et non de générer des recettes.
L’amende, un outil de sécurité ou de recettes ?
La question dérange, mais elle est légitime. Si l’on regarde les chiffres, une part significative des recettes d’amendes est effectivement réinjectée dans la sécurité routière : financement des radars, sécurisation des routes, campagnes de prévention, subsides aux communes. Toutefois, une autre part alimente directement les budgets généraux de l’État et des Régions, ce qui nourrit le sentiment, chez certains citoyens, que les amendes servent aussi à renflouer les caisses publiques.
Quoi qu’il en soit, avec la multiplication des radars et l’augmentation continue des recettes, le débat autour de la finalité des amendes routières n’est pas près de s’éteindre. Pour le conducteur lambda, la conclusion reste la même : respecter les limitations de vitesse demeure le moyen le plus sûr d’éviter de contribuer, malgré soi, à cette manne financière.
